Une application mobile ne pollue pas par elle-même : son impact vient des smartphones qui la font tourner, des serveurs qui lui répondent et du réseau qui les relie. En France, le numérique pèse 4,4 % de l’empreinte carbone nationale (ADEME, 2025). Éco-concevoir une appli, c’est réduire ces impacts dès la conception, sans dégrader le service rendu.
L'essentiel en 30 secondes
- L’impact vient surtout de la fabrication des téléphones et des data centers.
- Premier levier : rester compatible avec les téléphones anciens.
- Le RGESN, référentiel public français, fixe 78 critères et des seuils précis.
- Côté code : moins de requêtes, du cache, peu de SDK tiers.
Où se trouve l'impact d'une application ?
D’après l’ADEME (2025), sur l’année 2022 :
- les terminaux pèsent 50 % de l’empreinte carbone du numérique, les data centers 46 %, les réseaux 4 % ;
- la fabrication, la distribution et la fin de vie en représentent 60 %, l’usage 40 % ;
- les terminaux concentrent près de 86 % de l’épuisement des métaux et minéraux.
Un smartphone est utilisé en moyenne deux ans et demi (Arcep). Pour une appli, le premier levier est donc de ne pas pousser à changer de téléphone. Le second : solliciter moins les serveurs et le réseau.
Les terminaux pèsent 50 % du carbone et 86 % des métaux du numérique
Répartition de l'empreinte du numérique en France, données 2022
Empreinte carbone, par composant
Épuisement des métaux et minéraux, par composant
Empreinte carbone, par phase du cycle de vie
Le cadre de référence
Le RGESN, publié en 2024 par l’Arcep et l’Arcom avec l’ADEME, est le référentiel public français (RGESN 2024). Ses 78 critères visent à allonger la durée de vie des terminaux, limiter la captation de l’attention, réduire les ressources consommées et rendre l’empreinte transparente. Il est volontaire, mais toute communication qui s’en réclame doit être vérifiable.
Le règlement (UE) 2023/1670 impose depuis le 20 juin 2025 au moins cinq ans de mises à jour du système d’exploitation sur les smartphones. Les téléphones resteront à jour plus longtemps : les applis doivent suivre.
Concevoir sobre
La fonctionnalité la plus sobre est celle qu’on ne développe pas. Côté design, les choix qui comptent :
- Partir des vrais besoins et écarter les fonctionnalités non essentielles (critères 1.1 et 1.2 du RGESN).
- Raccourcir les parcours : chaque écran en moins, c’est du chargement et des requêtes en moins.
- Ne pas capter l’attention : pas de lecture automatique, pas de défilement infini, des notifications désactivables (4.1, 4.2, 4.13). Voir aussi nos conseils contre les dark patterns.
- Choisir le média le plus léger et adapter format, compression et définition à l’écran (5.1 à 5.4).
Le thème sombre, souvent mis en avant, a un effet limité. Sur écran OLED, il ne réduit la consommation de l’écran que de 3 à 9 % à luminosité intérieure courante, et de 39 à 47 % à pleine luminosité (Dash et Hu, MobiSys 2021).
Développer sobre
La règle : réveiller le téléphone, la radio et les serveurs le moins souvent possible. Une étude de 1 783 applis open source a recensé 22 pratiques d’efficacité énergétique (Cruz et Abreu, 2019). Les plus utiles :
- push plutôt que polling : au lieu de demander sans cesse au serveur s’il y a du nouveau (le « polling »), l’appli attend que le serveur la prévienne quand une information change (le « push »). Le téléphone se réveille et se connecte beaucoup moins souvent ;
- regrouper les opérations réseau au lieu de réveiller l’appareil à chaque événement ;
- mettre en cache ce qui n’a pas changé ;
- réduire la fréquence des synchronisations et des lectures de capteurs ;
- réserver les gros transferts au Wi-Fi.
Surveillez les SDK tiers. Dans une étude de 2012, 65 à 75 % de l’énergie des applis gratuites étudiées partait dans les modules publicitaires (Pathak et al., EuroSys 2012). Les chiffres datent, mais chaque SDK de publicité ou de suivi a un coût.
Côté serveur, environ 53 % des usages numériques français sont hébergés à l’étranger, souvent sur une électricité plus carbonée (ADEME, 2025). Un hébergeur proche des utilisateurs et transparent sur son énergie réduit l’empreinte du back-end.
Faire durer les téléphones
Une appli qui ne tourne plus sur un téléphone de cinq ans pousse à en racheter un. Le RGESN fixe des seuils précis pour les applis natives :
Critère RGESN | Exigence |
|---|---|
2.2 – Anciens terminaux | Utilisable sur un appareil sorti il y a 7 ans ou plus |
2.4 – Anciennes versions d’OS | Utilisable sur les versions sorties jusqu’à 5 ans plus tôt |
2.3 – Connexion faible | Testée en 3G, mode hors ligne recommandé |
En pratique : fixer la version minimale d’OS selon le parc réel des utilisateurs, tester sur un appareil ancien d’entrée de gamme, et activer les fonctions récentes sans bloquer les autres appareils.
Mesurer pour progresser
Comparez un même parcours avant et après chaque optimisation :
- énergie : le Power Profiler d’Android Studio (Pixel 6 et suivants) ; les rapports d’énergie de Xcode côté iOS ;
- échanges : poids des écrans, nombre de requêtes, données par session ;
- carbone : la norme ISO/IEC 21031:2024 calcule un taux d’émission par unité d’usage.
Le RGESN fournit enfin un modèle de déclaration d’écoconception pour rendre la démarche publique.
Checklist express
Cette liste résume les bonnes pratiques du guide : passez-la en revue à chaque étape du projet pour vérifier que votre application n’en oublie aucune.
Toutes les bonnes pratiques du guide sont cochées.
Questions fréquentes
L'éco-conception est-elle obligatoire ?
Non, le RGESN est volontaire. Mais une démarche affichée publiquement doit pouvoir être vérifiée.
Une appli éco-conçue est-elle moins performante ?
Plutôt l’inverse : moins de requêtes et de SDK rendent l’appli plus rapide et plus économe en batterie. Dans l’étude Eprof, l’optimisation a réduit de 20 à 65 % la consommation de quatre applis (Pathak et al., 2012).
Par où commencer ?
Par les 30 critères « prioritaires » du RGESN, en premier lieu la compatibilité avec les appareils anciens et le tri des SDK tiers.
Pour aller plus loin
Vous préparez une application ? Découvrez notre accompagnement en développement d’application mobile.
À lire aussi : Comment tester une application mobile ?
Sources
- ADEME (2025). Évaluation de l’impact environnemental du numérique en France.
- ADEME et Arcep (2022-2023). Étude sur l’empreinte environnementale du numérique en 2020, 2030 et 2050.
- Arcep, Arcom et ADEME (2024). Référentiel général de l’écoconception des services numériques.
- Union européenne. Règlement (UE) 2023/1670 sur l’écoconception des smartphones.
- Cruz, L. et Abreu, R. (2019). Catalog of energy patterns for mobile applications. Empirical Software Engineering.
- Dash, P. et Hu, Y. C. (2021). How much battery does dark mode save? ACM MobiSys 2021.
- Pathak, A., Hu, Y. C. et Zhang, M. (2012). Where is the energy spent inside my app? ACM EuroSys 2012.
- Green Software Foundation. Software Carbon Intensity – ISO/IEC 21031:2024.
- Android Developers. Power Profiler. Apple Developer. Analyzing your app’s battery use.